Muer à l'infini
série photographique 
La peau - surface du corps, enveloppe, frontière ou membrane poreuse entre l’intérieur et l’extérieur - possède une étonnante capacité de régénération. Elle devient ici le fil conducteur d’une réflexion sur notre rapport au vivant et à la terre.Ce projet explore différentes formes de peaux : celle de la terre, photographiée dans le désert, à celles d’animaux, en passant par des mises en scène surréalistes d’un corps-chrysalide humain. Les frontières entre le vivant et non vivant s’effacent. Il s’agit de faire peau, de muer, de se métamorphoser. Ainsi, muer à l’infini revient à reconnaître notre appartenance à une matière commune. La peau devient alors un espace de passage et de transformation, un lieu où s’inscrit notre relation au monde, toujours en mouvement, toujours en devenir.


"Liis Lillo, maintenant, fait silence. Dans les jardins du château du Pin, crochetées aux murailles, ses œuvres captent les lumières, la pluie, les bourrasques. La nature est métamorphoses, ses photographies aussi. Jeu de cache-cache secrètement voluptueux : qui caresse qui, de l’œil ou du soleil brulant, du crachin vaporeux ?  Ou de notre mémoire incertaine ? Le granit des murs est une peau, les photos un épiderme fastueux. Poitrine minérale contre poumons argentiques « Muer à l’infini » respire. Les roches photographiées, les pierres murales, le corps humain – celui ex machina de la créatrice – tout dessine un paysage en mutation, une mutation qu’opère cette vision anthropomorphe : qui regarde, qui touche qui ? Un parchemin des origines s’offre aux déchiffrements. La subtilité est un rendez-vous d’amour et d’intrigue. Ou bien un passage du Styx pour des corps sous suaires, ceux du tissu eux-mêmes enveloppés de sable et de pierre, étonnants sarcophages. Nous sommes tous des clandestins, des clandestines, nous jouons notre peau. To be or not to be, comme disait l’autre. Et, tandis que se referme un rideau de scène invisible, le couchant offre un coup de soleil aux œuvres de Liis Lillo. Passer d’une rive à l’autre n’est plus un jeu d’enfant. Le lac Peïpous soudain s’assèche. Sans l’ombre d’un doute les chrysalides se lovent dans l’iris de la photographe."
Christian Bontzolakis

*extrait du texte publié dans le livre édité à l’occasion de l’exposition de la série "Muer à l’infini" au Château du Pin, Fabras, 2026